Ce premier article décrit la vie dans une entreprise, et sera suivi d'un deuxième dans lequel je tenterai d'analyser et de trouver une des causes du "mal français"...
Je travaille dans un bureau d'études depuis bientôt un an en tant que dessinateur, poste auquel vient s'ajouter la fonction d'administrateur informatique depuis quelques temps.
Les employés ne cherchent pas à améliorer la vie au bureau parce que leurs collègues et le chef leurs mettent des batons dans les roues. Les personnes motivées se voient découragées par l'ampleur de leurs taches... puis finissent eux mêmes par être démotivés devant le peux d'enthousiasme des autres.
Premier contact avec la fonction d'informaticien : recenser les logiciels utiles dans le milieu de travail.
Première déconvenue : certains logiciels utilitaires n'ont pas étés achetés, mais simplement installés sans licence ! Je tente donc de faire changer mes collaborateurs de logiciels, ce à quoi on me répond : « ah non, j'ai appris à travailler sur ce logiciel....
-Mais c'est compatible...
-Non non... »
D'autre part, bien sûr, j'ai des consignes du siège, à Paris, de n'utiliser que ces logiciels bien précis, propriétaires, et pas d'autres, car ces logiciels sont en général signe de qualités, ( ce qui, dans mon esprit est le contraire, car je pense que l'open source est une preuve d'absence de vice caché ). Et mon chef ne veut pas acheter de licences... Je dois donc, bon gré, mal gré, m'adapter avec l'éthique douteuse de la chose.
Faute de temps, également, je suis obligé de m'occuper du parc informatique à la va-vite, d'où erreurs nombreuses, ordinateurs mal configurés ou serveur engorgé, d'où perte de temps supplémentaire.
Mes collègues, lorsque j'essaye de faire entendre mon point de vue de responsable informatique, sur les adresses courriel, l'interdiction de bidouiller les imprimantes ou d'autres choses, me prêtent une oreille distraite... Je me fais l'effet (caricatural) d'être une dame-pipi : comme des toilettes publiques, chacun use et abuse de l'outil informatique, mais personne n'en prend soin, et après, c'est à moi de nettoyer les merdes .
Dans la gestion courante des affaires, ce n'est guerre mieux.
On signe des contrats sans se soucier réellement des personnes susceptibles de travailler sur les affaires en question. Résultat, on a trop de travail au regard de la masse salariale, d'où stress accru. Pour suppléer au manque de main d'oeuvre, on fait travailler des stagiaires, des intérimaires, des sous-traitants, au risque que plus personne dans l'entreprise ne connaisse un projet dans son entier.
Il serait pourtant si simple de prendre l'avis des chefs de projets avant de s'engager. Tous les gestionnaires d'entreprises (d'entreprise de conseil, société d'ingénierie ou du même genre...) savent qu'une société où les employés sont partie prenante de la gestion de l'entreprise est plus stable, les conflits y sont plus facilement résolus, les projets mieux menés. On prend le temps d'étudier correctement son affaire, d'établir un planning, des priorités, les participants à tel ou tel projet sont plus motivés. Mais non, il faut aller toujours plus vite, sans prendre le temps, il y a donc une perte de qualité, de nombreux clients engagent des contentieux parce qu'ils estiment que nous n'avons pas mené à bien notre mission. Ceci influe sur la réputation du bureau aussi bien que sur nos finances.
Prendre des gros projets alors que l'on en a pas les moyens et sans consulter les employés du bureau serait peut-être plus dangereux pour l'entreprise. Ces projets présentent toutefois l'intérêt de constituer de bonnes références et permettent d'apprendre beaucoup, mais quel intérêt si l'on a pas le temps d'accumuler ces connaissances ni de les utiliser, si l'on est stressé, qu'on travaille mal ?
Quand on regarde attentivement tous ces problèmes, on se demande comment ça fonctionne... Seulement par inertie. Les gens, sachant que l'entreprise a du mal à recruter, ne cherchent pas à se déplacer : le bureau est une planque, littéralement. Voyant qu'on nous paye relativement moins bien que les salaires dans la profession, personne ne se foule, personne n'essaye d'introduire du dynamisme dans la société.
Les personnes motivées se voient découragées par l'ampleur de leurs taches... puis finissent eux mêmes par être démotivés devant le peu d'enthousiasme (voire, l'immobilisme et la volonté de ne rien changer...) des autres.
On peut donc, soit s'adapter, soit se fatiguer progressivement, au sens moral comme physique. Raison pour laquelle la moitié du bureau est renouvelée tous les ans.
Une partie de nos malheurs vient (et pourraient être résolus par ...) de la hiérarchie.
Le directeur est en effet peu impliqué : il ne passe pas beaucoup de temps parmi nous, au contraire : il s'enferme dans son bureau une bonne part du temps, se défausse de ses responsabilités sur ses subordonnés. En étudiant son CV, on s'aperçoit qu'il n'a qu'un DUT ...
La seule chose qui l'intéresse, c'est de faire du chiffre, qu'importe que ses employés soient motivés, le turn-over monstre, ou d'autres futilités...